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DÉCOUVERTE MANGA #60 – BLUE FLAG

Blue Flag, l’une des tranches de vie romantiques les plus populaires du moment au Japon, rejoint le catalogue de Kurokawa, ce qui peut susciter un étonnement légitime. En effet, de par sa nature de récit d’amour et d’amitié, particulièrement humain et inclusif, l’on s’attendait davantage à retrouver le titre chez Akata, par exemple. L’éditeur semble néanmoins attaché à le promouvoir, convaincu de son potentiel. Qu’en est-il véritablement ?


Fiche Technique

Auteur : KAITO

Genre : Tranche-de-vie/Romance

Éditeur VF : Kurokawa

Nombre de tomes parus : 1 (5 en cours au Japon)

Prix : 7,65€

Au printemps de leur année de Terminale, trois élèves se retrouvent à un carrefour de leur vie.
Taichi est dans la même classe que Tôma, un ami d’enfance à qui tout réussi et que Futaba, une fille qu’il a du mal à supporter. Un jour, Futaba se confie à lui et lui avoue qu’elle est amoureuse de Tôma.

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De prime abord, Blue Flag pourrait laisser croire à une énième comédie romantique adolescente fade et stéréotypée, pensée pour satisfaire les intérêts économiques d’un éditeur peu scrupuleux. Toutefois, il ne faut pas longtemps à ce premier volume pour faire montre d’une finesse et d’une émotion qui déjouent sans mal ces préjugés de lecteur sceptique. En effet, le manga semble s’approprier les codes éculés du genre pour les faire imploser et le réinventer. Une entreprise ambitieuse, qui s’amorce de manière fort prometteuse.

Le caractère unique du manga réside sans aucune doute dans son trio de protagonistes, bien plus nuancés et travaillés que les archétypes auxquels ils se rattachent ne peuvent le laisser penser. Toujours sincères, tendres et bienveillantes, leurs interactions, non sans finesse, ne manquent pas de donner du baume au cœur. Qu’il s’agisse de Taichi, timide mais forte tête ; Futaba, mal dans sa peau mais bien décidée à s’affirmer ou encore Tôma, lycéen à qui tout réussi mais qui doit composer avec son homosexualité qu’il garde encore pour lui : tous trois approchent d’assez près des figures types des récits du genre, permettant aux lecteurs de se retrouver aisément en eux, tout en développant des traits de caractère qui leur sont propres et leur confèrent une identité en marge des préconçus.

L’œuvre a également pour elle, d’après les lecteurs plus avancés, une tonalité militante  en ce qu’elle dépeint plusieurs personnages LGBT et féminins réussis. Si, dans ce premier volume, Futaba semble encore embourbée dans une logique de séduction vis-à-vis de celui qu’elle aime, nul doute qu’elle ne tardera pas à évoluer bien au-delà de cette relation.

L’ensemble est dynamisé par l’humour de l’auteur, qui passe notamment par des représentations outrée des émotions des personnages, et par les relations embarrassantes dans lesquels ils se retrouvent ponctuellement. Si, graphiquement, le manga peut d’abord sembler trop épuré, la relative simplicité des décors permet une lecture aérée. L’ensemble est très efficace et consolide d’autant plus l’attachement aux personnages, mis en évidence par cet effet de simplicité.

Néanmoins, l’ouvrage s’autorise quelques ruptures de ton, plus dramatiques, servies par un découpage particulièrement travaillé et un coup de crayon se faisant plus sombre et dynamique, retranscrivant la gravité des instants au travers d’une tension éminemment communicative.

Une ombre mineure au tableau : la travail de Kurokawa. Connues pour un « parlé jeune » désuet, maladroit et hors de propos, les adaptations de l’éditeur ont souvent fait l’objet de vives critiques – ici comme ailleurs. Dans le cas de Blue Flag, un certain nombre d’expressions sonnent faux, notamment au cours des introspections du protagoniste – « j’ai peut-être un peu trop fait le foufou ». Cela demeure, cependant, très ponctuel. Ce qui pose davantage problème, à mon sens, c’est le choix de vendre ce shonen comme un shojo, sous prétexte qu’il aborde, entre autres, des thématiques amoureuses. Cela participe d’une perpétuation des stéréotypes de genre dans la littérature. Conclusion : vivement que l’on se débarrasse de ces classifications clivantes, surtout en France, où elle ne font absolument pas sens.


Blue Flag s’impose donc comme le coup de cœur que j’attendais. Tendre, sincère et intelligent, ce volume réussi avec brio à esquisser de premiers liens entre des personnages bouleversants de par l’humanité qui se dégage de leurs parcours croisés. Une petite pépite de bons sentiments, qui ne demande qu’à murir pour se bonifier encore davantage.

P.S. : Non, dévoiler l’orientation sexuelle d’un personnage n’est pas un spoil. Les personnages LGBT ne sont pas des retournements de situation !


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TOME 2 PRÉVU POUR LE 13/06/2019

2 commentaires sur “DÉCOUVERTE MANGA #60 – BLUE FLAG

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