Bilans mensuels·Manga·Non classé

BILAN NOVEMBRE 2018 : CHRONIQUES EN VRAC

S’il est vrai que je me suis fait particulièrement discret le mois dernier, il me tenait à cœur de revenir brièvement, comme de coutume, sur les premiers et derniers volumes que j’ai pu découvrir au cours de celui-ci. Aussi, en plus d’Aposimz qui s’est vu consacrer une chronique plus complète, j’ai pu lire…


Bakuon Rettô #1

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Ce premier volume de Bakuon Rettô, pierre angulaire de la carrière de l’un de mes mangaka préférés et monument du furyô manga, met en place un univers poisseux mais paradoxalement captivant et séduisant. Le personnage principal, Takashi, fait office de double clef d’identification. D’abord double de l’auteur, l’œuvre ayant une très forte portée autobiographique, mais aussi  parallèle de la figure du lecteur, tous deux sombrant peu à peu dans la fougue furieuse et hypnotique des gangs de motards. Les scènes de courses nocturnes prennent des allures épiques sous le trait vif et crayonné du mangaka dont la maladresse et la puissance laissent transparaître une humanité sans faille. Une introduction forte, riche et cathartique, qui installe avec poigne mais finesse une peinture sociale à la mise en scène brillante qui ne semble pas avoir usurpé sa réputation.

Barbara

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Osamu Tezuka motive ici tout un corpus de topoï littéraires et de références mythologiques et les met au service d’un conte fantastique et vénéneux qui capte avec brio un point de tension riche dans le rapport de l’écrivain – du créateur de fiction en général – à son œuvre. Barbara, c’est tout à la fois une envolée lyrique hallucinée, un roman policier, un conte horrifique, un drame amoureux ; mais c’est aussi, et peut-être avant tout, un brillant essai sur le rapport conflictuel et destructeur entre l’auteur et sa muse, sa force créatrice. Magistralement écrit, malgré quelques longueurs, le manga développe un propos dense sans pour autant laisser de côté le lecteur à la recherche d’un thriller divertissant et efficace. J’ai cru voir qu’une adaptation cinématographique était prévue… elle n’a, à mon sens, que peu d’intérêt tant le livre parle évidemment de littérature et s’appuie sur l’espace du papier pour élaborer ses effets.

Blame ! #1

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Sans surprise, Blame ! est un énorme coup de cœur. Son univers urbain organique subjuguant m’a captivé dès la première page… puis c’est la narration silencieuse et transcendante de Nihei qui m’a scotché. Le livre ne semble pas vouloir être lu tant son appréhension est complexe. Se jouant des impératifs narratifs littéraires, l’auteur développe un récit dans lequel tout n’a pas de sens, dans lequel tout n’est pas dû au lecteur et su de celui-ci, et où tout peut arriver à tout moment. Le rapport au corps, à la ville, à la machine, fait résonner de nombreuses problématiques contemporaines et leur donne sens au sein d’une aventure cyberpunk à couper le souffle.

Le Tigre des neiges #1

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(Trop peu) connue en France pour l’excellente comédie Princess Jellyfish, Akiko Higashigura est de retour avec un biopic fantasmé mettant en scène le très célèbre samuraï Kenshin… sous les traits d’une femme ! En effet, il n’est pas impossible que le guerrier émérite est en fait été une onna-bugeisha. Dans un Japon médiéval bien moins attardé que la vision occidentale ne veut bien le croire, il n’était pas rare de croiser sur les champs de bataille ces combattantes traitées en égal par leurs homologues masculins. C’est sur ce constat que la mangaka fonde son récit, somme toute passionnant, et, même si résolument plus amer que sa précédente série, parsemé de l’humour absurde et follement poussif qui fait son succès. Portée par une héroïne attachante, des visuels propres et gracieux et une mise en scène léchée, la série a tout mon interêt !

Gift – La bête blanche qui ne voit rien et n’entend rien #1

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Romance sympathique prenant place dans l’univers de la boxe, Gift – La bête blanche qui ne voit rien et n’entend rien se démarque par son traitement plutôt sombre et adulte d’une relation conflictuelle et pas toujours évidente (et aussi par son titre à rallonge, un peu ridicule). Sans se montrer particulièrement indispensable, cette série promet quelques jolis moments et nous confronte à un couple de protagonistes plutôt attachants et bien écrits. Le trait fin de l’autrice est parfois maladroit, et certains visages, notamment, sont plutôt ratés. Pour autant, une lecture qui plaira aux amateurs et amatrices du genre à la recherche d’un boy’s love sportif.

L’Homme sans talent

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Critique acerbe de la société de consommation capitaliste, L’Homme sans talent, chef d’œuvre du maître Yoshiharu Tsuge dépeint, non sans ironie, le quotidien d’un prolétaire désespéré, réduit à vendre des pierres au bord d’une rivière. La peinture est faussement comique tant les situations on ne peut plus désespérantes décrites au fil des pages ont de quoi heurter la sensibilité – surtout quand on prend en compte les allures autobiographiques de l’ouvrage, qui parle aussi beaucoup du statut d’auteur. Il y a un côté très romantique à l’ouvrage (« la soupe et les nuages » de Baudelaire…), mais assez bien dosé pour ne pas trop agacer (et surtout loin d’être réactionnaire). Un recueil très réussi, ironique et pertinent. De quoi patienter avant de pouvoir se délecter des anthologies de l’auteur à paraître dès 2019 chez Cornélius !

La Vie de Bouddha #1

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Osamu Tezuka s’attaque à la réécriture ambitieuse des fondements de l’une des plus grandes religions du monde oriental, et non sans succès. Ce premier volume, énorme (presque 900 pages, soit quatre volumes compilés), d’autant qu’extrêmement dense, nous confronte à une fresque historico-religieuse très réussie, pleine de rebondissements, de personnages forts et humains. Si le manga n’est pas, pour le moment, celui qui me parle le plus parmi ceux réédités récemment par l’éditeur, demeure que le lecteur ne pourra rester qu’admiratif face à une telle maîtrise du récit, absolument fondateur ; en ce sens, c’est sans doute, en effet, l’un des plus importants de l’auteur. Les chapitres regorgent d’idées visuelles et narratives novatrices, du découpage hors-norme à la prise en compte consciente et formalisée du lecteur et de sa place dans l’appréhension de l’œuvre.

Fleurs bleues #1-2-3-4

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S’il n’est qu’un coup de cœur manga que je devais retenir de ce mois de novembre, ce serait sans doute la lecture de l’intégrale de Fleurs bleues, qui m’a coupé le souffle. Publié dans le Manga Eroctics F et édité en France par Asuka, le manga est aujourd’hui malheureusement indisponible (mais demeure trouvable à l’étranger, je l’ai d’ailleurs lu en anglais). Sous ses allures de romance lycéenne à l’eau de rose, le titre s’avère excessivement mature, dépeignant avec finesse des amoures souvent douloureuses et des héroïnes en proie au malêtre, arpentant la route douce-amère d’une découverte de soi parsemée d’embuches. L’autrice aborde frontalement la thématique de l’homosexualité, les héroïnes comme les romances n’étant majoritairement pas hétérosexuelles. Se dégage du manga une aura poétique extrêmement puissante, tantôt dévastatrice et dramatique, tantôt plus nostalgique et sensuelle. Rares sont les mangas qui m’auront tant ému à leur lecture, et nul doute que les héroïnes de Fleurs bleues continueront à vivre en moi pendant longtemps… Reste à espérer la venue de nouvelles œuvres de la mangaka, à commencer par Wondering Son, que l’on ne présente plus.

Paper Girls #1-2-3-4

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Je me remets doucement aux comics en grande partie grâce (à cause ?) de mon coup de cœur pour les quatre premiers volumes de Paper Girls, de Brian. K. Vaughan. Ce sont avant tout les héroïnes de ce récit de science-fiction délicieusement addictif qui m’ont marqué. Toutes quatre uniques, et adorables chacune à leur manière, elles se complètent à merveille et ont en commun une débrouillardise et un franc caractère qui ne laisse pas indifférent. Débordant d’inventivité, le scénario de ce comics regorge de rebondissements et se montre particulièrement imprévisible : autant dire que l’attente du prochain tome parait bien longue (même s’il arrive bientôt !). Mais dynamique, Paper Girls l’est aussi visuellement. Le couleur et très marquée et confère à un dessin lui aussi singulier une aura chaleureuse et un peu old-school tout à fait à propos. Il est aussi essentiel de noter que, comme souvent, Brian K. Vaughan s’attache à présenter des personnages divers : de nombreux protagonistes sont des personnes racisées et/ou LGBT+. Par ailleurs, le comics ne compte qu’une poignée de personnages masculins, et se sont réellement les femmes qui font avancer l’intrigue. En somme, en plus d’un divertissement bourré d’action, Paper Girls délivre de bons messages au travers de personnages profonds et divers. Un coup de cœur incommensurable !

Saga #1-2-3-4

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Autre coup de cœur pour même auteur ; Saga, sans doute l’œuvre phare de Brian K. Vaughan, m’aura fait redécouvrir le space opéra, genre auquel je reste souvent hermétique. Réécriture shakespearienne à petite échelle, le comics présente un groupuscule de protagonistes attachants ainsi qu’une aventure trépidante magistralement menée et parsemée de moments d’une tension incroyable. Le ton oscille entre comique et tragique : l’ensemble est assurément humain. Si le synopsis du premier volume peut paraître déjà vu, ce sont bien les relations qui se tissent entre les personnages qui rythment l’œuvre et en font toute la saveur. La narration a posteriori donne au récit des allures d’analepse fataliste et lui confère un arrière goût à la fois cruel et terriblement addictif. À découvrir d’urgence (si possible, avec le pack regroupant les deux premiers volumes pour le prix d’un, idéal à glisser sous le sapin).


Kedamame #4

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Conclusion satisfaisante pour une série riche en idées visuelles et narratives originales. Le manga aurait toutefois bénéficié de quelques volumes supplémentaires qui lui auraient sans doute permis de toucher à l’excellence. En effet, la lecture de cet ultime volet de Kedamame laisse en bouche un goût amer. On est tout à la fois satisfait de ce que propose l’auteur, et en même temps, l’univers est si riche, la dualité entre le protagoniste et l’antagoniste si dense que l’on a l’impression que ce n’est pas assez…
Une entrée sur le marché français surprenante et remarquée pour Yukio Tamai, auteur qu’il me tarde de retrouver aux commandes d’un récit plus ample.

Frau Faust #5

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Jusqu’à la toute dernière page, Frau Faust demeure un divertissement de très bonne facture. Jamais ennuyeuse, la série reprend efficacement un mythe essentiel de la littérature occidentale et l’emploie à sa sauce, proposant une aventure qui file droit. Rien de très original, mais de bons personnages, des dessins dynamiques et un rythme élancé qui fait tout…
Un titre qui intéressera les amateurs et amatrices de The Ancient Magus Bride ainsi que, peut-être, celles et ceux qui, comme moi, n’auront pas accroché à la série phare de l’autrice.

 

Fire Force #8

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Ma chronique du tome 1.
Ma chronique du tome 2.
Ma chronique du tome 3.
Ma chronique du tome 6.

Une conclusion à la hauteur de cette série résolument exceptionnelle. Moins qu’Agni, c’est l’œuvre qui se cherche. Sous ses allures de défouloir post-apocalyptique, Fire Punch entreprend un traitement audacieux et unique de l’écriture fictive. Encore un livre qui parle essentiellement de livres… comment écrire un héros dans un microcosme littéraire gelé dans la glace ?
Un manga aux multiples lectures, graphiquement renversant, qui ne peut pas laisser indifférent de par sa profondeur qui va au-delà de la petite métaphysique que l’auteur fait parfois semblant de proposer. À lire absolument.


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