Découverte manga·Manga·Non classé

DÉCOUVERTE MANGA #54 – DÉTONATIONS

Si Bakuon Rettô a indéniablement fait date dans l’univers du furyô, limiter la carrière de son auteur, Tsutomu Takahashi, à cette œuvre phare serait passer à côté de nombreuses pépites. De Soul Keeper, thriller politico-fantastique engagé et témoignant d’une grande puissance d’écriture dans l’élaboration d’un microcosme symbolique à la fois original et pertinent ; à Blue Heaven et son ambiance de huis-clos glaçant, théâtre d’une guerre insidieuse et violente : il n’y a que du bon dans la carrière de ce mangaka, emblème de son époque et de son courant, mais tristement inconnu en France. Qu’à cela ne tienne, un an après la parution du dernier volume de Soul Keeper chez Panini, il fait son grand retour chez nous avec Détonations, un diptyque frissonnant disponible dans la collection Graphic de Pika (qui, décidément, s’accapare mon blog).


Fiche Technique

Auteur : Tsutomu Takahashi

Genre : Thriller/Drame

Éditeur VF : Pika

Nombre de tomes parus : 1 (2 fini au Japon)

Prix : 20€

Suivez le voyage de Satoru sur les traces des crimes commis par Genji Segawa. Sur son lit de mort, l’ex-yakuza propose un marché au jeune homme : son existence jusqu’alors dénuée de sens prend alors un nouveau tournant.
Plus que l’argent proposé par Genji, c’est l’arme récupérée par Satoru qui va modeler son voyage à travers un Japon de misère, peuplé de mafieux et de marginaux, aux allures d’un film de yakuza des années 1970. Dans cet univers où règne la loi du plus fort, Satoru se lance dans une véritable quête d’identité maintenant convaincu qu’armé, il est passé du côté des forts.
Au cours de ce voyage expiatoire en lieu et place de Genji, le jeune homme, d’une touchante naïveté teintée d’audace, rencontre des écorchés vifs aux destins sanglants comme Daigo, un jeune transsexuel qui devient son compagnon d’infortune.

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« Dans l’enveloppe il y a cinq millions de yens. Ils sont à toi si tu me tues. »

Détonations ne surprendra pas quiconque connait un peu le travail de son auteur. Du titre émane, en effet, la violence crasse et l’humanisme fragile qui lui sont chers et habitaient déjà moult de ses précédents mangas. Se voulant court et percutant, celui-ci n’y va pas par quatre chemins en installant efficacement son intrigue et son protagoniste, Satoru, jeune homme qui, lassé par la routine de son quotidien et sur un coup de tête ou presque, sombre dans le crime en exécutant la dernière volonté d’un yakuza à l’article de la mort : abréger ses souffrances. Un ouvrage qui s’ouvre donc sur un héritage, ou plutôt sur la transmission d’une malédiction, l’adolescent s’arrachant à sa condition monotone dans un premier coup de feu purgatif, presque parricide. Le meurtre de ce « père » – brisure d’une figure d’autorité, d’un cadre – amorce la chute exutoire de Satoru.

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« J’ai envie de ressentir la chaleur de l’été… »

Les détonations du titre, ce sont peut-être celles qui marquent la multitude de chocs et déprises qui rythment le récit et lui donnent son caractère. Les protagonistes sont mus par une fougue insidieuse et destructrice, qui resurgit dans la violence du coup de crayon virtuose du dessinateur. L’atmosphère grisâtre et suintante que dégagent les trames et crayonnés contraste avec l’aspect cassant du trait vif, presque hasardeux d’un Takahashi au sommet de son art, qui sublime chaque élan de vie, dans son animalité, et paradoxalement, dans son humanité. Une mise en scène fracassante, qui fait assurément toute la force de ce titre.

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« La poésie, c’est souvent dans la ruine. C’est quand ça dégringole, se disloque et se défait que, parfois, apparait la poésie. »

                                                                  — Lorand Gaspar

De toute cette violence jaillit, presque malgré elle, une poésie qui transcende le lecteur. L’auteur, au travers de dialogues emprunts de désespoir et d’humanité, d’élans cathartiques et de confrontations sèches avec des êtres délaissés, en auto-destruction, émeut inéluctablement.
La relation unissant Satoru à sa compagne d’infortune, Daigo, véritable moteur de la seconde moitié du récit, est fascinante en ce qu’elle conjugue un inévitable retour à un schéma de vie traditionnel – celui de la famille, du couple parental – et, dans le même temps, une échappée aux allures de road-trip, de cavale au jour le jour…

« C’est juste que, avec une arme, on peut briser des choses… »

L’édition de Pika fait honneur au travail graphique de l’auteur mais n’est, encore une fois, pas sans défaut. En effet, si la traduction est la plupart du temps d’excellente facture, elle mégenre le personnage de Daigo, femme transgenre, et ce du synopsis à la dernière page du volume. Si certaines ambiguïtés peuvent venir de la version originale, il en allait du devoir de la traduction de réviser les possibles impairs. Bien au contraire, Daigo est définie comme étant un « homme transsexuel » (paye ton choix de mots), ce qui, qui plus est, jure complètement avec son écriture réussie, témoignant d’une réelle attention de l’auteur au respect des personnes trangenres. Une « erreur » assez impardonnable, donc, surtout en 2018.

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Détonations s’impose donc comme l’un des titres majeurs de cette fin d’année 2018. Brute et fataliste, ce premier volume engage un drame presque intimiste, puisqu’au plus proche de ses protagonistes et de leur lente mais certaines descente aux enfers. Le portrait mortifère de deux vies qui se lient dans la chute. Encore un indispensable.


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TOME 2 PRÉVU POUR LE 12/12/2018

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