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VEGA : LES PREMIERS PAS D’UN NOUVEL ACTEUR DU MANGA !

Après Meian et Chatto Chatto, un nouvel éditeur fait son entrée sur le marché francophone en cette année 2018 : Vega. Rien n’est joué d’avance et se lancer dans le grand bain de l’édition demeure une entreprise risquée, surtout dans un milieu saturé comme celui du manga. Mais ce nouvel acteur fait montre d’un professionnalisme engageant, sans doute dû à la direction de Stéphane Ferrand (ancien directeur éditorial chez Glénat, entre autres) et à son rattachement au groupe Steinkis (Steinkis, Jungle, Vraoum, Warum).
Avec l’idée de promouvoir la diversité du seinen, sans pour autant fermer ses portes aux autres genres du manga, Vega entend développer une ligne éditorial cohérente, faite de coups de cœur d’éditeur. Une promesse réconfortante face au mercantilisme assumé de certains nouveaux venus.

Mais passons sans plus tarder à l’étude de ce lancement d’envergure, puisqu’en effet pas moins de trois titres rejoignent du même coup les éditions Vega, donnant à voir certaines de leurs ambitions et les prémices d’une diversité en effet très prometteuse. La qualité d’édition de ces premiers ouvrages est très correcte. Appartenant tous trois à la collection Seinen de l’éditeur, ils sont vendus au prix rond de 8€, soit dans la moyenne de ce que proposent actuellement les autres maisons installées sur le marché pour le même format.
Concernant la qualité d’impression, il n’y a rien à redire. Le papier est assez fin sans être fragile, et je n’ai relevé aucun soucis de transparence des pages (comme c’est parfois le cas). Les noirs sont profonds, ce qui a son importance à la lecture d’un titre comme Deep Sea aquarium MagMell, par exemple ; l’encre ne bave pas. Notons la discrétion voire l’absence de pagination dans Survivant – l’Histoire de S et Peleliu, qui relève à priori du choix éditorial.
L’adaptation des couvertures est très bien maîtrisée. Le logo, sobre mais stylisé, s’adapte parfaitement aux illustrations. On note également une cohérence appréciable au niveau du dos des ouvrages : en haut, le logo de l’éditeur ; en bas, la collection de l’ouvrage (ici Seinen pour les trois). Un détail me questionne tout de même un peu : la typographique minuscule de Deep Sea aquarium MagMell, à peine lisible sur la première de couverture.
Les traductions, signées Satoko Fujimoto, sont fluides et manient intelligemment les registres. Ainsi, le langage « jeune » du protagoniste de Survivant – l’Histoire du jeune S n’apparaît pas totalement ringard, et sonne même assez juste, ce qui favorise la connexion avec le lecteur. Il en va de même pour Peleilu, dont certaines répliques, pas forcément évidentes à retranscrire, sonnent ici très juste. Toutefois, j’ai repéré une paire de coquilles, qui sans être fondamentalement dérangeantes, rompent un peu avec le professionnalisme des ouvrages.

Rentrons dans le vif du sujet : qu’ai-je pensé de ces trois nouveautés ? Que laissent-elles entrevoir pour l’avenir de l’éditeur ?


  • Deep Sea aquarium MagMell 
Fiche Technique

Autrice : Kiyomi Sugishita

Genre : Tranche-de-vie/Aquatique

Éditeur VF : Vega

Nombre de tomes parus : 1 (2 en cours au Japon)

Prix : 8€

Dans la baie de Tokyo a été construit un superaquarium à plus de 200 mètres de profondeur. Le Deep Sea Aquarium Magmell est le seul au monde qui peut observer de près la vie sous-marine sauvage de ces profondeurs.
L’occasion de découvrir mystères de la nature et créatures improbables. Kaitaro Amagi, a décidé de travailler comme nettoyeur à l’Aquarium Magmell. En fait, il adore les étranges créatures des profondeurs et est fasciné par ce monde encore inconnu.
Un jour, une rencontre avec le directeur Otosezaki Minato va bouleverser sa vie, et le mener sur les chemins aventureux de la recherche.

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Dans la droite lignée de tranches-de-vie contemplatives comme on en voit fleurir beaucoup ces dernières années à propos d’un peu tout et n’importe quoi, Deep Sea aquarium MagMell nous emmène à la découverte des abysses et de leurs secrets dans un premier volume plaisant et étonnement instructif. Au travers des péripéties quotidiennes de Kôtarô, nettoyeur au sein de cet aquarium tout particulier, l’autrice met en lumière la diversité de la faune abyssale et l’emploie au cœur de récits tantôt comiques, tantôt touchants. Ce premier volume ne manque pas d’authenticité, quand bien même il s’appuie sur des ficelles scénaristiques un peu usées, craignant peut-être de s’encombrer d’un récit trop complexe rompant l’équilibre entre fiction et documentaire. Néanmoins, la mangaka parvient à impulser des éléments de tensions voire de suspense qui maintiennent l’interêt du lecteur et dynamisent le récit.

Visuellement, Kiyomi Sugishita comble certaines maladresses techniques par une mise en scène soignée, qui joue sur les angles de vue et le découpage pour mettre en avant les animaux. Ceux-ci sont d’ailleurs représentés avec un certain réalisme, qui tranche avec le design plus typé des personnages. Notons également l’amalgame efficace de trames délicates et d’aplats contrastés qui offre une atmosphère marine très réussie.

Deep Sea aquarium Magmell propose donc une entrée en matière prometteuse qui séduira les amateurs et amatrices du genre, tout en parvenant à se détacher du lot par une thématique passionnante et un traitement formel plein de bonnes idées.

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TOME 2 PRÉVU POUR LE PREMIER TRIMESTRE 2019


  • Survivant – L’histoire du jeune S
Fiche Technique

Auteurs : Takao Saito/Akira Miyagawa

Genre : Aventure/Survie

Éditeur VF : Vega

Nombre de tomes parus : 1 (4 en cours au Japon)

Prix : 8€

Satoru souffre de la faim et de la soif, il s’organise pourtant, grâce à ses souvenirs, il fabrique de l’eau, affine une technique de pèche. Mais le danger rodant est toujours là. L’ours sur son territoire cherche lui aussi sa pitance, et satoru est une victime toute désignée.
Trouver un abri, le sécuriser contre les prédateurs seront sa priorité, même si rapidement un autre problème surgit avec une invasion de rats. Satoru trouvera néanmoins l’espoir en sauvant une jeune fille de la mort. Désormais, ils sont deux. A deux, on est plus fort que seul, mais à deux, on doit trouver à manger pour chacun.

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Reboot du classique post-apocalyptique Survivant de Takao Saito (Golgo 13), Survivant – l’Histoire du jeune S se propose d’en moderniser la réalisation, le propos, et les enjeux. N’ayant malheureusement pas lu la série d’origine, mon ressenti ne tient pas compte des possibles divergences de ce premier volume, et je n’entends évidemment pas le confronter à son inspiration. Toujours est-il, donc, que cette entrée en matière, certes classique, pose efficacement les bases d’un récit prenant à la réalisation interessante. Le dessinateur, qui manque quelque peu de métier, compense ses lacunes évidentes par quelques jolies idées de mise en scène et de découpage. Très analytique, ce dernier, combiné à un trait clair et crayonné, confère un rythme soutenu à l’aventure ; quelques plans larges, imagés ou réalistes, parviennent même à être réellement impressionnants.

Malheureusement, le récit peine pour le moment à installer une quelconque tension, et si l’aventure du jeune Satoru a son interêt, elle manque peut-être encore de vie, d’émotion, et de maturité. Le rythme, un poil rapide, fragilise la crédibilité du rapport entre l’adolescent et l’environnement hostile dans lequel il évolue. Quelques scènes supplémentaires l’illustrant confronté plus amplement à la rudesse de la vie naturelle et soulignant les effets de ce dépaysement sur son équilibre émotionnel n’auraient pas fait de mal. Pour le reste, le protagoniste est plutôt attachant, et Akira Miyagawa parvient à lui inscrire une palette d’émotions assez large et réussie.

Enrobé d’une valeur nostalgique évidente, Survivant – l’histoire du jeune S se montre d’ores et déjà captivant et offre son lot de passages inéressants. Une alternative envisageable à la série d’origine, mais qui ne séduira peut-être pas ceux qui la connaissent déjà, ou qui espèrent trouver quelque chose de fondamentalement transcendant, le titre souffrant de la comparaison avec des chef d’œuvres installés tels que Dragon Head.

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TOME 2 PRÉVU POUR LE 08/11/2018


  • Peleliu – Guernica of paradise
Fiche Technique

Auteur : Takeda

Genre : Historique/Drame

Éditeur VF : Vega

Nombre de tomes parus : 1 (5 en cours au Japon)

Prix : 8€

La bataille de Peleliu, nom de code Operation Stalemate II (« impasse » en français), s’est déroulée durant la Seconde Guerre mondiale entre les États-Unis et le Japon dans le Pacifique entre septembre et novembre 1944 sur l’île de Peleliu, dans l’archipel des Palaos.
Le général américain avait prévu que l’île serait sécurisée en quatre jours, mais en raison de fortifications bien installées et de la forte résistance japonaise, les combats ont duré plus de deux mois. Cette bataille est sûrement la plus controversée de la guerre, en raison de la valeur stratégique douteuse de l’île et du grand nombre de morts. En effet, après la victoire américaine décisive dans la bataille de la mer des Philippines, l’aviation japonaise ne représentait plus une menace aussi sérieuse et l’objectif de Peleliu apparaissait donc non stratégique

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Atténuation tragique de l’horreur de la guerre par une représentation candide, Peleliu est un (faux-)témoignage poignant, qui dénonce l’atroce non-sens des conflits armés. Taramu, jeune adulte mobilisé pour combattre au front, est peu concerné par les enjeux du conflit et résonne en décalage avec la surenchère de violence qui l’entoure. L’auteur ridiculise la figure sacrificielle et héroïque du combattant dans une critique acerbe et juste. Très travaillé, ce manga prend des allures de documentaire et propose une représentation réaliste des combats et de la psychologie de leurs acteurs.

Mais Peleliu est également un manga captivant. Le danger étant omniprésant, les personnages ne sont jamais à l’abri d’une fin tragique, et la réalité du front rattrape bien vite les quelques moments comiques ou tranquilles de ce premier volume. En dépit de leur apparence simpliste, les personnages sont tout à fait identifiables et leur abondance ne nuit pas à la fluidité de la lecture.

Enveloppé d’une aura cadavérique, le manga n’en est pas moins subtil dans ses séquences d’émotion, poétiques et non dénuées d’optimisme. À bien des égards marquant, Peleliu s’accapare l’environnement déshumanisant du front et en prend le contre-pied, dressant le portrait de jeunes gens ayant des conceptions très diverses du combat et de ses enjeux. Cet éventail de personnalités nuance le propos et met en avant l’absurde tragique du non-sens du sacrifice au front.

Révélation de cette sélection, Peleliu est un diamant brut, terriblement humain et au propos pacifiste et engagé. Un manga génial qui fait la guerre à la guerre !

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TOME 2 PRÉVU POUR LE 08/11/18


Difficile de passer à côté des traits communs à ces trois premiers essais. Tous ont une ambition didactique, proposent un apport culturel au lecteur : Deep Sea aquarium Magmell et les mystères des fonds marins, Survivant – l’Histoire du jeune S et les méthodes de survie en autonomie, Peleliu et les mémoires de la Seconde Guerre Mondiale. Parallèlement, on note la récurrence des thématiques écologiques, dans les deux premiers mangas notamment, mais aussi au travers du cadre luxuriant de Peleliu.

Finalement, quel bilan dresser de la critique comparée de ces trois premiers titres ? Tout d’abord, il apparait que Vega semble tenir à une ligne éditoriale concernée, faite de choix réfléchis et réflexifs. Également, Peleliu témoigne du fait que la maison n’a pas peur de proposer des mangas s’écartant des normes graphiques du média, ce qui donne espoir en la publication de nombreux titres majeurs ignorés par les autres éditeurs en raison de tracés trop particuliers. Il y a également un certain soucis de plaire, du moins dans cette sélection, au plus grand nombre, en proposant des titres dynamiques et captivants. Globalement, les premiers pas de Vega sont plus qu’encourageants, et il me tarde de découvrir la suite de leur programme..


2019 : les prémices d’une année décisive…

Si l’éditeur ambitionne de se spécialiser dans le seinen, devraient voir le jour courant 2019 une collection « adolescents » (regroupant shonen et shojo, sans distinction de genre) et une collection « kids », à destination des plus jeunes lecteurs.

À quelques jours à peine de la publication de ses premiers titres, Vega dévoile ses quelques-unes de ses licences pour l’année 2019. Ainsi, se joindront au catalogue de l’éditeur Kakushigoto, une comédie familiale par l’auteur du tristement boudé Sayonara Monsieur Désespoir, publié chez Pika ; Le Navire de Thésée (fini en 5 volumes), un thriller dramatique et mystérieux ; et, plus tard, Zozozo Zombie-kun (fini en 11 volumes), récit fantastique à destination des plus jeunes dans lequel on suit les aventures d’un zombie allant à l’école primaire. L’éditeur annonce également qu’environ 40 volumes devraient paraître au cours de l’année 2019. C’est immense pour un si jeune éditeur, qui entend bien se faire une place parmi les grands sans perdre de temps (et c’est tout ce qu’on lui souhaite).

Au travers de l’annonce de ces nouveaux titres résolument prometteurs, l’éditeur ne dément pas ses promesses de diversité, tant narrative que visuelle. Il poursuit avec des choix assez surprenants et audacieux, qui m’enthousiasment beaucoup et qui, je l’espère, séduiront le public et fidéliseront le lectorat.
Pour ma part, je rêve que Stephane Ferrand publie une nouvelle fois Haruko Ichikawa, qu’il nous faisait découvrir avec l’Ère des Cristaux, publié chez Glénat… mais ça, seul le temps nous le dira !

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