Découverte manga·Manga·Non classé

DÉCOUVERTE MANGA #46 – BLUE GIANT

Shinichi Ishizuka, après s’être illustré auprès du public français en 2014 avec Vertical, – un manga d’alpinisme qui, malgré un certain succès d’estime au Japon et des échos franchement positifs aura peiné à trouver son public chez nous – abandonne les reliefs pour conquérir les clubs de jazz avec Blue Giant ! Autre cadence pour même passion, l’auteur convainc-t-il toujours après ce virage thématique des plus ambitieux ?


Fiche Technique

Auteur : Shinichi Ishizuka

Type : Seinen

Genre : Tranche-de-vie/Musique

Éditeur VF : Glénat

Nombre de tomes parus : 1 (10 fini au Japon)

Prix : 7,60 €

Dai Miyamoto est en terminale. Il fait partie de l’équipe de basket, travaille à mi-temps dans une station service, et vit seul avec son père et sa petite sœur. Surtout, il s’est pris de passion pour le jazz depuis le collège. À tel point qu’il joue tous les jours sur les berges de la rivière, peu importe les conditions météo. Qu’il pleuve, qu’il vente ou que la canicule soit au rendez-vous, il joue. Il veut être un géant du jazz et reste persuadé qu’il peut y arriver. Seulement, pour cela, il va devoir se confronter à la réalité : entre les explications aux amis, les premières représentations chaotiques et les rencontres diverses, la détermination de Dai va être mise à rude épreuve…

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Jazzman autodidacte qui ne manque pas de volonté mais bien de technique, le jeune Dai se délivre d’un quotidien écrasant au travers de la puissance émancipatrice de son instrument, le saxophone. Seul, il s’exerce tous les soirs et, en nature et sous les ponts, perfectionne ses mélodies au rythme des impromptus de Miles Davis ou Bill Evans. Mais le garçon est bien conscient que pour pouvoir faire de sa musique son gagne-pain, il lui faudra devenir le meilleur des meilleurs ! Sa passion prend aux tripes et constitue en elle-même l’aventure que le manga propose de vivre. Tous les sentiments que Dai a du mal à exprimer, de ses joies et ses peines à son amour même pour la musique, il les laisse jaillir de son instrument (on lui reprochera d’ailleurs de jouer trop fort !).

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Les nombreuses scènes musicales semblent prendre vie sous nos yeux tant elles regorgent d’un dynamisme époustouflant. Il faut dire que le talent du mangaka n’est plus à prouver, et que sa plume leur confère en effet une note féroce et mélancolique. L’intensité transpire de certaines pages qui semblent littéralement prendre vie sous nos yeux. Les nombreux crayonnés sauvages et les trames linéaires courbées donnent du mouvement à des cases mises en valeur par un découpage qui joue beaucoup sur les diagonales, cassant ainsi le rythme plus sage des scènes de quotidien aux mises en page plus carrées. Mais c’est plus encore l’immense palette d’émotions que dégage le héros lorsqu’il joue qui serre véritablement le cœur. L’auteur parvient à conserver toute la puissance des expressions de Dai, de son amour et de sa dévotion pour cette musique à laquelle, on le comprend vite, il finira par dédier sa vie.

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Le manga peut d’abord perturber de par sa narration assez décousue. Les courtes scènes s’enchainent, les péripéties se multiplient, mais petit à petit, on trouve un certain fil rouge en la passion de notre héros et en son parcours sinueux (encore une fois). La narration de Blue Giant est en parfait accord avec sa thématique, et joue sur une certaine improvisation de l’auteur (du moins c’est ce qu’il laisse ressentir au lecteur), qui semble dépeindre au hasard quelques moments forts sans trop s’avancer sur une intrigue complexe. J’ai conscience que cela peut sonner comme un reproche, mais c’est au contraire l’une des grandes qualités de l’œuvre, à mon sens ! De fait, celle-ci gagne en réalisme, et le lecteur ne se soucie plus d’un récit au long terme mais se confronte au moment présent, à la puissance des scènes auxquelles il fait face dans tout ce qu’elles ont de fugaces et sublimes.

Si Ishizuka n’en fait plus le thème central de son récit, il n’oublie pas la nature (presque Nature déifiée, avec une majuscule), qui participe au « sublime », au sens quasi philosophique, de certaines scènes. En effet, le sentiment de plénitude face à l’infini et au « tout », désigné par Kant, émane violemment des passages nocturnes où Dai s’abandonne à la musique, face aux montagnes et au ciel étoilé.

Autre détail séduisant de l’œuvre, ses discrètes références (peut-être même inconscientes) à Kids on the Slope, de Yuki Kodama; un manga devenu assez culte et dépeignant le quotidien d’adolescents jouant eux aussi de la musique jazz. En effet, il est à un moment donné question d’une pente particulièrement inclinée qui mène au lycée de Dai, et qui relèvera d’un symbolisme particulier dans le récit, tout comme la pente de Kids on the Slope. Blue Giant s’ouvre d’ailleurs sur Dai dévalant une pente à vélo, du jazz dans les oreilles; Kids on the Slope sur Kaoru, exténué et déprimé, peinant à gravir la pente qui le mènera à sa nouvelle école. Deux protagonistes qu’à priori tout oppose et qui se rejoignent pourtant dans une même résonance…

– Première scène de Blue Giant –

– Première scène de Kids on the Slope –

Si Glénat est irréprochable au niveau de la qualité du papier et de l’impression (papier opaque, noirs profonds et encre qui ne bave pas), de l’adaptation des couvertures, et va même jusqu’à proposer en début d’ouvrage une dizaine de pages couleur qui nous plongent d’emblée dans l’univers crépusculaire et lyrique de la série; je suis fortement déçu par la traduction d’Anne-Sophie Thévenon. Outre des tournures peu naturelles qui rendent très lourds certains dialogues, on retrouve une tendance dérangeante qu’ont certains traducteurs à vouloir « parler jeune » sans y arriver, pour un résultat ridicule. Des « grave » placés au hasard au milieu des phrases, un violent « zyva ! » qui vient gâcher l’une des plus belles scènes du volume, etc. Je suis vraiment en colère contre cette adaptation bâclée qui m’a gâché certains passages de l’ouvrage.  Traducteurs et traductrices, les jeunes parlent comme vous.

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En conclusion, Blue Giant est une improvisation humaine, lyrique : brillante. Dai est un protagoniste irrésistible qui trouve pas-à-pas sa place dans l’univers qui le passionne et ne lâche rien, même face à l’adversité. Un coup de cœur qui ne fait pas dans la demi-mesure, et que j’ai très hâte de retrouver le mois prochain, d’autant que les dernières pages laissent entrevoir une poursuite des plus ambitieuses !


Voilà tout pour aujourd’hui ! J’espère vous avoir donné envie de découvrir cet excellent manga, qui figure d’ores et déjà parmi mes meilleures découvertes de l’année !
Je serais très heureux de pouvoir échanger à son sujet dans les commentaires, avec celles et ceux qui l’auront lu !
À très vite sur le blog (ou ailleurs…) !

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