Découverte manga·Manga·Non classé

DÉCOUVERTE MANGA #40 – SALTINESS

Avec Dans l’intimité de Marie, Akata amorçait la carrière française d’un des plus grands auteurs de sa génération, qui marquera probablement les suivantes, au même titre qu’un Inio Asano ou qu’un Taiyou Matsumoto : Shuzo Oshimi. Ce mois-ci, c’est l’une des inspiration principale de ces grandes figures, elle même très marqué par les mangas d’un certain Minetaro Mochizuki (Dragon Head, Chiisakobe etc.), qui rejoint le catalogue de l’éditeur : Minoru Furuya, avec Saltiness. Depuis que je l’ai découvert dans les pages de 100 manga artists, Minoru Furuya est un auteur qui m’intrigue, que dis-je, qui m’obsède. Il y est présenté comme un des mangaka phare de sa génération, et ses écrits sont rapprochés voire affiliés à ceux de mes auteurs préférés, Inio Asano, Shuzo Oshimi etc. Des écrits sociaux, qui s’interrogent sur la place de la jeunesse dans une société libérale destructrice; des visions d’auteurs engagés sur l’humain et son univers, son rapport aux autres, au corps… bref, des thématiques qui me touchent beaucoup. Alors évidemment, Saltiness, je l’ai lu… et alors ?

Fiche Technique

Auteur: Minoru Furuya

Type: Seinen

Genre: Social/Comédie

Éditeur VF: Akata

Nombre de tomes parus: 1 (4 fini au Japon)

Prix: 8,30 €

Takehiko a 31 ans, et il croit qu’il est über-cool ! Il se fiche de tout, se croit inébranlable. Une pluie de crottes pourrait lui tomber dessus qu’il resterait là, debout, infaillible. Il profite de la vie, ainsi, en n’en branlant pas une. Pourtant un jour, son grand-père fatigué de son comportement nonchalant, lui donne un véritable électrochoc : tant qu’il ne s’émancipera pas, il sera un fardeau, pire, un parasite, pour sa petite sœur adorée. Profondément choqué, le jeune homme quitte le domicile avec pour objectif de « tuer le monstre ». Mais comment faire quand les seuls qui acceptent d’interagir avec vous sont les chiens et les chats errants ? De rencontres improbables en délires cyniques, Takehiko finira peut-être par trouver sa place dans ce monde…

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Dès les premières pages, l’auteur nous plonge dans l’introspection tragi-comique du protagoniste…

« Le présent n’existe pas en ce monde, car tout ce qui le peuple est en perpétuelle évolution. C’est en tout cas ce qu’expliquait un moine tout à l’heure à la radio. En écoutant ça je me suis dit…

hmmm.

Ensuite, il a ajouté que ce n’était pas bon de viser la perfection, car il n’existe pas une chose qui soit parfaite en ce monde. En écoutant ça je me suis dit…

c’est pas faux. »

Une thèse excitante sur la temporalité est exposée, et alors que dans un premier temps le lecteur croit faire face à la pensée du personnage, il comprend bien vite  que celui-ci ne fait que ressasser ce qu’il a entendu plus tôt à la radio. Il n’a en réalité aucune opinion sur les choses, fait semblant de méditer à leur sujet, n’est qu’un perroquet sans cervelle qui répète sans comprendre les propos qu’on lui injecte. Le tableau est dressé, voici Takehiro, 31 ans, célibataire sans emploi vivant chez son grand-père avec sa petite sœur, professoresse. Celui-ci, convaincu par son grand-père que sa sœur le voit comme un poids qui l’empêche de se marier (c’est en fait faux), et pris de remords, décide de partir commencer une nouvelle vie à Tokyo.

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Saltiness est un manga très drôle, dont l’humour se fonde principalement sur le caractère décalé et quasi-absurde de son personnage principal. Si celui-ci a tout du « loser » présenté dans le résumé, le regard de l’auteur reste très bienveillant à son égard. Bravant sa réputation de bon à rien, il se montre même relativement débrouillard, parvenant à (plus ou moins) prendre en otage deux jeunes hommes tout aussi perdus que lui une fois arrivé à la capitale. Takehiro est un personnage très enfantin (inconscient du rôle de l’argent, des conventions, ou même de certains de ses besoins naturels), coupé des réalités du monde social, (auto-)convaincu d’être l’un des esprits les plus brillants de la planète, passé maître dans l’art de contrôler ses émotions. Quand celui-ci fait part de ses exploits dans le domaine du self-control à ses nouveaux « amis », on ne parvient pas à démêler le vrai du faux tant en réalité tout cela est confus pour le personnage lui-même. Véritable force du manga à lui tout seul, le jeune homme est un personnage résolument unique en son genre, qui n’apparait clairement ni à ses compagnons de route, ni au lecteur. Tantôt cruel tyran, tantôt gamin esseulé, le ridicule de cette personnalité, souvent extrême, a de quoi intriguer, tant elle est finalement profonde et parvient dès l’incipit à captiver son audience : on se croirait face à un one-man-show !

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Je trouve très intéressant (et curieux, un peu) de la part d’Akata de proposer Saltiness quelques semaines à peine après La Virginité passé 30 ans – Souffrances et désirs au quotidien. Les deux ouvrages abordent peu ou prou les mêmes thématiques, à savoir le rejets d’individus ne correspondant pas aux attentes de la société. Sauf que il y a une vision que j’aime beaucoup, et une vision qui me répugne un peu !
En effet, Furuya présente trois personnages mis de côté par la société et leur entourage : Takehiro, évidemment; mais aussi ses deux acolytes, un trentenaire nouvellement sans-domicile-fixe et un étudiant introverti, et responsable financier de sa famille. Au travers de ce petit groupe (et de leur entourage) sont abordées les souffrances quotidiennes des classes les plus démunies dans des aventures qui font rire jaune, en conservant le respect pour ces personnes intact, puisqu’elles sont toujours placées en victimes des oppressions de classe (aucune tentative d’insérer un propos méritocratique dégoutant par exemple), mais finalement capables de beaucoup !

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Graphiquement, il est bon de signaler que Saltiness est la dernière œuvre en date de son auteur, qui nous offre donc un style très abouti et maîtrisé. Très largement inspiré par le tracé réaliste et propre de Minetaro Mochizuki (beaucoup d’aplats, de trames très lisses, un crayonnage léger… il y a même une référence évidente à un certain personnage de Dragon Head), le dessin de Furuya est irréprochable et parvient à s’émanciper de son influence pour se développer une réelle identité. Le découpage est aéré, l »action claire, et la mise en scène globalement excellente dans la retranscription des ambiances qui parcourent le volume. L’étrangeté du protagoniste laisse l’occasion à l’auteur de s’exercer à quelques absurdités visuelles très bien trouvées, qui se fondent dans le réel et dans le récit d’une manière étonnante et élégante. Les illustrations de début de chapitre sont elles aussi uniques en leur genre !

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Akata fournit, comme à son habitude, une copie exemplaire ! Papier souple mais opaque, adaptation des couvertures très convaincante (qui tout en étant plus sobres que les originales n’en trahissent pas les intentions), vernis sélectif et petite mention rigolote sous le code-barre (je vous laisse aller voir) ! La traduction, signée B.L.A.C.K Studio (comme les couvertures ?) est excellente, même si je regrette que le féminin choisi pour « professeur » ait été… « professeur » (ça m’a piqué les yeux).


Pour conclure, Saltiness s’ouvre sur un premier volume très convaincant, qui nous initie en douceur au style très personnel de son auteur. Une comédie sociale critique et parfaitement maîtrisée !


Voilà tout pour aujourd’hui !
J’espère vous avoir convaincu de laisser sa chance à cette ouvrage, qui mérite vraiment le coup d’œil !
Je suis d’ores et déjà ravi de savoir qu’Akata n’en a pas fini avec Minoru Furuya, et espère voir encore beaucoup de ses œuvres nous parvenir (à commencer par Himizu et Ciguatera).
N’hésitez pas à partager votre ressenti à la lecture de ce premier volume en commentaire, je suis curieux de vous lire !
À très vite sur le blog (ou ailleurs…) !

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2 commentaires sur “DÉCOUVERTE MANGA #40 – SALTINESS

  1. Je serai plus à même de réagir sur Saltiness quand je l’aurai moi-même lu, mais juste une note pour te signaler que « Himizu » a été adapté (même si visiblement parfois d’assez loin) en film par (roulement de tambours) Sono Sion. Et c’est excellent, en plus d’être un de ses films les plus abordables 🙂

    Aimé par 1 personne

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