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DÉCOUVERTE MANGA #39 – DROP FRAME

Très peu en phase avec la ligne éditoriale adoptée par Doki-Doki depuis quelques années (titres courts, qui misent davantage sur l’action et le fan-service que sur la qualité et visent en priorité un public novice/jeune), je dois dire que certaines de leur licences récentes et à paraitre ont su piquer ma curiosité. De Chimères et son élégance efficace (j’ai finalement revendu le tome 1, c’est très sympa mais pas pour moi je pense); à Ken’en – comme Chien et singe, tranche-de-vie fantastique qui m’a l’air plein de qualités (je n’ai pas encore tenté l’aventure, si vous avez un avis sur ce titre, n’hésitez pas à me le partager en commentaire): l’éditeur semble vouloir étendre son catalogue et toucher un plus large public, avec des séries peut-être plus ambitieuses, et à mon sens, beaucoup plus dignes d’interêt. L’exemple parfait de ce renouveau, c’est le sujet de l’article du jour: Drop Frame.


Fiche Technique

Auteur: Shinichirô Nariie

Type: Seinen

Genre: Romance/Comédie/Suspense/Drame/Enquête/Surnaturel

Éditeur VF: Doki-Doki

Nombre de tomes parus: 2 (4 fini au Japon)

Prix: 7,50€

Une vie tranquille qui tourne mystérieusement au film tragique… Junnosuke pourra-t-il en réécrire les séquences pour éviter le pire ?
Au cœur du mois d’août, Junnosuke et trois de ses camarades se sont lancé un grand défi : réaliser un film destiné à être projeté lors du festival du lycée à la rentrée. Alors que le tournage démarre cahin-caha, la bande de copains croise le chemin de Lou, une ravissante métisse, qu’ils s’empressent d’enrôler dans leur équipe pour tenir le rôle féminin.
Alors que des relations de plus en plus proches se tissent entre Lou et Junnosuke, ce dernier est témoin d’un terrible drame… Du moins, c’est ce qu’il croit, car le lendemain à son réveil, tout semble comme s’il ne s’était rien passé… Dans quel engrenage le pauvre Junnosuke est-il pris ?

Les comédies romantiques où l’on suit le quotidien d’un groupe de jeunes lycéens, on connaît. Les crimes sordides frappant un groupe de jeunes lycéens, on connaît aussi. Les deux combinés, c’est déjà plus original, et ça porte un nom: Drop Frame ! En effet, le titre a pour lui sa parfaite maîtrise du mélange des genres, et se situe à mi-chemin de deux scénarios-type bien connu des lecteurs, un peu (voire carrément) à la manière d’un Higurashi no Naku koro ni (pour citer les classiques).

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Dès les premières pages, on part à la rencontre de Junnsuke, lycéen qui, pendant les vacances d’été, laisse libre court à sa passion pour le montage en prenant part au tournage d’un film (où faute de budget, il fait aussi office d’acteur). Alors, on suit l’évolution du projet au travers de scènes de tournage qui laissent libre court au développement des relations entre les personnages. Mais l’arrivée d’une jeune métisse, Lou, mettra le feu aux poudres d’un mois d’août hors du commun, faisant tristement écho au passé douloureux et inquiétant du protagoniste. Le ton détendu de l’introduction est trompeur, car bien vite on sent que quelque chose cloche: dialogues incohérents, trous de mémoire étranges… tant et si bien que l’auteur a tôt fait de plonger son récit dans l’horreur dès la fin du premier volume, qui renverse tout à fait le ton et l’intrigue de la série. D’abord de manière très discrète, un malaise s’installe, et des détails qui pourraient passer pour de grossières maladresses d’écriture se révèlent en fait être des indices quant à la nature du mystère à venir.

Les personnages peuvent, dans un premier temps, paraitre un peu creux et déjà-vus… et pourtant, tout au long du récit, Shinichirô Nariie s’applique à leur développer une identité propre, se détachant des lieux communs, si bien que l’on passe assez vite outre un premier contact volontairement peu original. Derrière leur joie de vivre apparente, chacun lutte contre ses propres démons et cherche à aller de l’avant sans blesser les autres. Une petite troupe à laquelle je me suis bien attaché en somme ! Et petit plus: la relation qu’entretiennent Junnsuke et Akari, son amie d’enfance, est purement platonique (c’est bien de le mentionner…) !

Mais si Drop Frame bluffe, c’est bien davantage par l’intelligence de sa narration ! En effet, dès le second volume, on entraperçoit les fondations d’un mystère à première vue très dense et déroutant, n’hésitant pas à faire basculer le récit dans le surnaturel ! Alternant phases d’émotion et retournements de situation bien trouvés, le manga ne laisse pas son lecteur respirer, et les pages se tournent sans même que celui-ci ne s’en rende compte. Junnsuke sombre-t-il dans la folie ? Est-il coupable des crimes dont on l’accuse ? Pourquoi a-t-il de si fréquentes pertes de mémoire ? Quelle importance tiendront ses rêves prémonitoires ? Qui tire les ficelles de cet été lugubre ?.. bref, les mystères fusent de toute part, et en dépit de la complexité du scénario aucune incohérence n’est perceptible ! Il est vraiment difficile de parler d’un manga qui chamboule aussi fréquemment son intrigue. Quoi qu’il en soit, Doki-Doki a très bien fait de publier les deux premiers volumes simultanément, car le premier seul n’aurait pas donné à voir l’entière identité de l’œuvre.

Visuellement, le trait de l’auteur s’adapte très bien aux atmosphères qu’il instaure. La candeur des designs des personnages, très expressifs, colle à merveille aux nombreuses scènes de comédie du titre; toutefois, le mangaka sait rendre son dessin plus grave et inquiétant en utilisant de vifs crayonnés et en appuyant son dynamisme pas un découpage et des variations de valeurs de plan réfléchis.
À noté qu’en dépit du public visé, le fan-service se fait quasiment absent ! Il y a bien une scène (une seule case, même) qui en joue, mais c’est exceptionnel !

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Doki-Doki livre une édition soignée. Hormis un papier un peu transparent, la traduction est excellente et je n’ai relevé aucune coquille ! Je trouve les couvertures très intrigantes (et celles à venir sont vraiment très belles).


Porté par une narration habile et des personnages qui, au premier abord, pourraient laisser penser à des clichés sans intérêt, mais se révèlent très bien écrits; Drop Frame est un divertissement de grande qualité, que je vous recommande sans hésiter ! Pour ma part, j’attends avec très grande impatience le troisième volume, d’autant plus que le second se conclut sur un cliffhanger juste insoutenable !


16,5/20


Voilà tout pour aujourd’hui !
Quel plaisir de dire du bien d’un manga d’un éditeur qui d’habitude me déçoit… comme quoi, tout peut arriver (et c’est encore plus savoureux quand ça surprend).
Si vous avez lu ces deux premiers volumes de Drop Frame, je suis curieux de connaitre votre avis à leur sujet !
Sinon, cet article vous a-t-il donné envie de laisser sa chance au manga ? Qu’en avez-vous pensé ?
À très vite sur le blog (ou ailleurs…) !

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