Découverte manga·Manga·Non classé

DÉCOUVERTE MANGA #36 – BANALE À TOUT PRIX

Après un retour remarqué sur la scène française avec son superbe Moving Forward, toujours en cours chez Akata, Nagamu Nanaji refait parler d’elle avec la sortie de Banale à tout prix aux éditions Kana ! L’éditeur, qui prévoyait sans doute que l’aspect très fleur bleue et mignon du titre peinerait à convaincre les foules, a fait le choix de publier simultanément les deux premiers tomes ! Un parti pris que je trouve judicieux, et qui permet une réelle immersion dans l’œuvre… qui vaut le coup ?


Fiche Technique

Autrice: Nagamu Nanaji

Type: Shojo

Genre: Romance/Tranche-de-vie

Éditeur VF: Kana

Nombre de tomes parus: 2 (7 en cours au Japon)

Prix: 6,85€

Ayant pour exemples une mère trop romantique et une grande sœur trop coincée, Koiko a décidé d’être « normale », dans la moyenne, ni trop, ni trop peu. Son quotidien banal bascule lorsqu’elle découvre que son petit ami, très banal, est en train de la tromper !
C’est l’un des garçons les plus populaires du lycée, Tsurugi, qui lui ouvre les yeux. Depuis ce jour, Tsurugi ne cesse de se mêler à la vie de Koiko, lui faisant remarquer qu’elle n’est pas comme les autres et risque d’autant plus de casser son image de « normalité »… Mais Koiko n’a pas l’intention de se laisser troubler !

Vu de loin, Banale à tout prix n’a rien pour se démarquer, et pourtant, quand on est initié aux travaux de l’autrice, on imagine bien qu’il doit y avoir du bon… et ce n’est pas se tromper que de le dire ! Dans un premier temps, j’ai trouvé agaçante la répétition fréquente de l’obsession (déjà un peu absurde et très japonaise) de l’héroïne pour la norme. En effet, celle-ci conçoit le bonheur dans la banalité, d’où le titre de l’œuvre. Le truc c’est qu’elle y pense constamment; dans le premier volume, pas dix pages ne se passent sans que l’héroïne fasse référence à son ambition de normalité. Heureusement, petit à petit, cette idylle s’estompe avec l’influence de Tsurugi, à l’opposé total de son idéal puisque au centre de toutes les attentions. J’ai bien aimé cette lente évolution de l’idée que Koiko se fait du bonheur, renforcée par une imagerie intelligente, puisqu’elle est souvent amenée à recoller l’affiche avec inscrit « BANAL » sur son mur, qui n’a de cesse de tomber…

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À mon sens, il y a tout de même quelques facilités d’écritures un peu trop visibles dans cette introduction ! Par exemple, alors que Koiko n’a au départ aucune intention de fréquenter Tsurugi, la mangaka n’a de cesse de les faire se rencontrer, tant est si bien que très vite le jeune homme deviendra l’assistant de la mère de l’héroïne, qui donne des cours de cuisine chez la jeune fille ! Puis il y a aussi la scène d’exposition qui manque un peu de finesse, puisqu’on nous confronte d’entrée de jeu à trois caractères très exagérés qui soit-disant s’explique les uns les autres: la mère, qui ne jure que par la romance (je la trouve insupportable), la grande sœur de Koiko, professeure, qui ne veut pas entendre parler d’amour (mais y fait constamment référence…), et enfin l’héroïne, qui aurait été traumatisée par les fortes opinions des femmes de sa famille sur la question, au point de se terrer dans son fantasme de l’amour banal. Pendant les premières pages, je trouvais les trois à claquer, d’autant que la quête de l’amour n’est pas le thème central de toutes les conversations familiales… (et pourtant, chacune semble obsédée par ça… et rabaisser un cocon familial féminin à cette enjeu, c’est presque du gâchis).

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J’ai beaucoup apprécié, en revanche, le fait que pour une fois dans une romance lycéenne qui se veut mignonne et douce, l’héroïne ait déjà un passif relationnel. En effet, au début du titre, la jeune fille sort avec Satô, un camarade de classe on ne peut plus ordinaire, en apparence (qui vous vous en doutez laissera bien vite la place à un nouveau prétendant). La mise en scène de cette expérience amoureuse que beaucoup d’autre personnages principaux de ce type de récit n’ont pas permet à Koiko de ne pas rester passive dans sa relation avec Tsurugi. La jeune fille se montre même très autonome dans son quotidien, est n’est pas la belle un peu bébête qui reste en émois devant le beau prince valeureux (elle le fuit même un peu !). Tsurugi aussi s’offre un traitement à l’écart des clichés du genre. Bien que très populaire, il n’est ni mystérieux, ni condescendant, ni manipulateur ! Je l’ai même trouvé très attendrissant, parfois timide et maladroit de nature !

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La relation entre les deux protagonistes ne tourne pas trop autour du pot, et je trouve appréciable que déjà à la fin de ce second volume on ait pu assister à une évolution certaine ! Pas de chapitres entiers sur un quiproquo, pas de retour en arrière soudain suite à un malentendu… tout semble filer assez droit et promettre aux deux personnages de jolis moment dans les prochains opus !

Mais des belles scènes, on en a déjà énormément dans ces deux premiers tomes ! L’autrice maitrise le ton de son œuvre et alterne moments d’émotion et de comédie sans jamais en faire trop. Elle réinvente certains lieux communs du shojo (les fêtes de noël etc.) et en fait le cadre d’instants très réussis. Je pense par exemple à la scène du lever de soleil dans le second volume, que j’ai vraiment trouvé très belle !

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Cela est dû avant tout au talent incroyable de la mangaka, Nagamu Nanaji ! Celle-ci se montre capable d’une diversité époustouflante dans ses mises en scène et dans son découpage, variant intelligemment la taille et la forme de ses cases pour dynamiser ses scènes ou en varier l’intensité. Véritablement cette autrice a un talent monstre pour la découpe de l’instant qui ne fait que s’affiner manga après manga. Difficile donc d’être lassé à la lecture, tant chaque nouvelle page fourmille de détails visuels somptueux, qui deviennent, dans les instants d’émotions, une réelle force pour le manga. La dessinatrice a une longue carrière derrière elle, et son expérience se ressent au travers de son trait fin et doux et de sa parfaite gestion des trames, qui éloigne toute sensation de vide. En somme, le dessin sublime l’expérience de lecture, la rend immersive et palpitante ! Mentionnons aussi les splendides ouvertures de chapitres, qui fourmillent de jolis détails et mettent souvent l’accent sur les tenues des protagonistes, auxquelles l’autrice apporte beaucoup de soin !

Mention spéciale au chapitre consacré à la sœur de l’héroïne que j’ai trouvé assez touchant, même si très cruel au final ! J’espère que son personnage s’affinera par la suite.

L’édition de Kana est très correcte. L’encre ne bave pas, le papier ne souffre d’aucune transparence et la traduction d’Aline Kukor colle parfaitement à l’atmosphère du manga.


En conclusion, Banale à tout prix s’offre une entrée en matière convaincante ! Avec ses personnages atypiques et attachants et ses graphismes oniriques et pleins de douceur, le nouveau manga de Nagamu Nanaji plaira à bien des amateurs et amatrices de romance !

15/20


Voilà, merci de m’avoir lu !
N’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ces deux premiers tomes ou de l’article que vous venez de lire !
À très vite sur le blog (ou ailleurs…) !

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2 commentaires sur “DÉCOUVERTE MANGA #36 – BANALE À TOUT PRIX

  1. D’accord avec cet article 🙂 Pour moi qui suis une grande amatrice de shôjo-manga, j’ai trouvé ce titre très rafraîchissant. On reste dans un scénario assez classique, très typique du genre mais le style de Nagamu Nanaji fait toute la différence ! Comme tu le mentionnes dans ton article, on ressent l’expérience de cette mangaka qui apporte un soin particulier à ses planches mais aussi dans le traitement de l’histoire, et dans l’écriture de ses personnages. J’ai beaucoup apprécié ses petits mots au cours du manga où elle nous raconte avec franchise ses interrogations et ses envies lors de la création de son manga ! J’ai très hâte de lire la suite et de me laisser surprendre par ce titre 🙂

    Aimé par 1 personne

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