Découverte manga·Manga·Non classé

DÉCOUVERTE MANGA #35 – ÉCLAT(S) D’ÂME

Bonjour à tous et à toutes !
Aujourd’hui, je vous retrouve pour vous donner mon avis sur le premier volume de ce qui me semble être le manga du moment: Éclat(s) d’âme. Quelques jours à peine après sa parution en libraire, le titre jouit déjà d’une flopée de chroniques élogieuses, qui questionnent sérieusement l’interêt de celle que vous allez lire (je risque de répéter ce qui a déjà été dit mille fois à propos du titre), mais je me devais d’écrire sur ce manga tant celui-ci m’a bouleversé dès ses première page (c’est assez rare).


Fiche Technique

Auteur.e: Yuhki Kamatani

Type: Seinen

Genre: Drame/Social/LGBT+

Éditeur VF: Akata

Nombre de tomes parus: 1 (3 en cours en Japon)

Prix: 7,95€

Deux jours avant les vacances d’été, je crois que… je suis mort ». C’est ce qu’a pensé Tasuku le jour où un de ses camarades de classe lui a piqué son smartphone, alors qu’il était en train de regarder un vidéo porno gay dessus. La rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre. Tasuku, pense alors à se suicider, ne pouvant supporter cette réalité dont il n’avait pas encore complètement conscience lui-même, mais aussi par peur du regard de la société. Pourtant, alors qu’il s’apprête à sauter dans le vide, il aperçoit, au loin, une mystérieuse silhouette de jeune femme qui le devance et… saute dans le vide ?! Intrigué, terrorisé, il s’élance vers l’endroit d’où elle a sauté. Il y découvre, stupéfait, que la jeune femme est encore en vie, et qu’elle est l’hôte d’une sorte de résidence associative, véritable safe space où se réunissent diverses personnes LGBT. De rencontre en rencontre, le jeune lycéen va apprendre à se connaître, à s’accepter, et trouver sa place dans le monde.

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Yuhki Kamatani n’en est pas à son coup d’essai en France. Déjà au scénario et au dessin de Nabari (shonen d’action qui apparemment avait déjà pour qualité d’être assez inclusif), l’auteur.e livre ici une œuvre beaucoup plus personnelle. En effet, personnellement concerné.e par les problématiques LGBT+ (iel est X gender), iel s’attache ici à représenter les oppressions et difficultés de sa communauté au travers d’une œuvre sensible et poétique.

Dès son introduction, le manga aborde de manière très réaliste les problématiques rattachées aux souffrances des minorités (sexuelles, mais dans le fond, cela s’applique à beaucoup d’oppressions): se faire outer, pensées suicidaires, exclusion, harcèlement, stigmatisation, déni, etc. L’utilisation d’une focalisation interne bien pensée favorise l’implication du lecteur, voire son identification au personnage principal, Tasuku. En se confrontant à d’autres concernés au fil de ses fréquentes visites à la résidence associative de son quartier, le jeune homme parviendra petit à petit à s’accepter dans sa différence et à retrouver le goût de vivre.

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Si ce premier volume se concentre sur la question de l’homosexualité, il va sans dire que le spectre s’élargira dès les prochains opus ! Il faut aussi se rendre compte que l’auteur.e s’adresse à un public très possiblement non-initié (en France, ou encore pire au Japon, la pensée de l’homosexualité est déjà envahie de préjugés et de malveillance, alors je n’ose même pas imaginer ce qu’il en est des questions de genre, etc.). Aussi, le parti pris d’une approche en premier lieu unilatérale me semble cohérent pour ne pas « perdre », voire décourager (ou tristement plus…) le lectorat, pour peu qu’elle se développe et s’enrichisse par la suite !

Différentes nuances d’homophobie sont présentées dans ce volume. Les plus directes et ouvertement violentes, à base d’insultes, de railleries, d’humiliation; mais aussi celle d’un professeur, qui prétend se faire l’écho d’un message plus ouvert, mais retourne sa veste dès que son orientation est questionnée (« haha, bien sûr que non », avec un ton outré et méprisant), ou bien les parents qui s’en fichent tant que ça ne concerne pas leurs enfants. Bref, tout cela, encore une fois, est loin d’être trop lisse ! Si je pouvais reprocher au Mari de mon frère d’être un peu simple dans la présentation de son sujet (surtout sur les premiers volumes), ce n’est absolument pas le cas ici.

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Si c’est bien Tasuku qui est au centre du récit, Kamatani offre à ses personnages secondaires une réelle profondeur. Citons en premier lieu Haruko et Saki, deux jeunes femmes en couple depuis quelques années déjà, qui du coup se posent des questions que Tasuku n’envisage pas, ont un passif qui manque encore au jeune homme (mariage, vie commune, publicité de la relation, militantisme intersectionnel…). Ces deux expériences, toute jeune et déjà plus mure, se reflètent et s’assemblent pour former une vision d’ensemble assez juste des questionnements qui habitent souvent les personnes non-hétérosexuelles. Mentionnons aussi d’autres figures pour le moment davantage en arrière-plan mais qui, certainement, gagnerons en visibilité dès les prochains volumes: l’hôte, notamment, est bien mystérieuse (toute une flopée de personnages que j’ai hâte de retrouver et d’apprendre à mieux connaitre) !

Revenons aussi sur la poésie du manga ! L’auteur.e use d’habiles métaphores filées pour retranscrire l’émancipation ou au contraire l’emprisonnement de ses personnages. Jouant sur les plans visuels et narratifs, ces élaborations symboliques amènent fortement en émotion au manga (que ce soit la fragmentation du corps, les murs que l’on brise… je n’en dis pas trop, mais tout cela est superbement exécuté); une émotion qui gagne en puissance au travers du trait délicat en sensible de Yuhki Kamatani.

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Éclat(s) d’âme mise sur des visuels souvent épurés, très clairs, qui accentuent les émotions des protagonistes tout en restant travaillés. Cependant, lu mangaka élabore des environnements très réalistes (au niveau des intérieurs notamment, je pense au côté chaleureux de la résidence). La tension est retranscrite au travers d’univers plus sombres et parfois distordus (la salle de classe de Tasuku, son école en général). Le découpage, dans un premier temps assez régulier sait aussi s’adapter aux sentiments véhiculés (plus resserré et déstructuré dans les scènes de tensions, plus aéré dans les scènes d’émotion), et favorise l’immersion du lecteur. On sent l’expérience dans la plume de Yuhki Kamatani: le dynamisme fluide de ses mouvements, la large palette de sentiments qu’iel parvient à retranscrire, l’intelligence de sa mise en scène et de son symbolisme… il y a de quoi être assez épaté.

Akata n’a rien à se reprocher au niveau de l’édition. Page couleur sur papier glacé, papier épais et encre nuancée (noir très profonds, impression propre): c’est du tout bon. Le choix de coloriser Tasuku sur la couverture peut se comprendre (le « noir et blanc », sur les couvertures, n’a jamais été un argument de vente très convainquant) et ne me pose pas soucis dans la mesure où c’est l’auteur.e iel même qui s’en est chargé.e. La traduction d’Aurélien Estager est sans fausse note. Limpide et naturelle, celle-ci rend honneur à la violence des propos tenus par l’entourage de Tasuku (ou des autres membres de la résidence).


En conclusion, Yuhki Kamatani offre une entrée en matière bouleversante à ce qui pourrait bien devenir un des plus grands mangas du catalogue d’Akata. Réaliste, touchant et constamment juste, ce premier volume d’Éclat(s) d’âme parvient sans mal à dépeindre les violences que subit au quotidien la communauté LGBT+, au Japon comme ailleurs. Un manga essentiel, qui fait du bien.

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Voilà tout pour aujourd’hui !
J’espère que cette chronique vous aura plu ! Je n’ai malheureusement pas pu entrer en détail dans l’analyse de ce premier volume, de peur de gâcher le plaisir de la découverte à celles et ceux qui ne l’auraient pas encore lu ! Mais n’ayez crainte, je reparlerai d’Éclat(s) d’âme
À très vite sur le blog ou ailleurs !

P.S: si des concerné.e.s remarquent un choix de pronom à améliorer, n’hésitez pas à le faire savoir !

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