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8 RAISONS DE LIRE ADEKAN !

Prépublié dans les pages du Wings depuis 2008, Adekan est un shojo manga de Tsukiji Nao qui met en scène un jeune lieutenant de police, Kôjirô, et un mystérieux vendeur de parapluie, Shirô, qui résolvent ensemble les crimes, tous plus étranges les uns que les autres, qui secouent leur banlieue (retrouvez un synopsis plus complet ici). Fort de son relatif succès dans son pays d’origine, le titre franchira nos frontières sous l’étendard d’Ototo en 2012; à noter que l’éditeur publie alors un de ses tout premiers mangas! Toujours en cours avec 11 volumes au Japon, 9 sont parus chez nous (le dixième arrivera en juin), et un artbook du nom de Nostalgia, malheureusement en rupture éditeur, est paru en 2013…


1. Parce que c’est splendide !

Dès les couvertures, l’auteure charme par son trait d’une finesse et d’une richesse hors-norme. Car avant même d’être excellente mangaka, Tsukifi Nao est une illustratrice au talent incontestable. L’artiste se montre capable de compositions brillantes d’ingéniosité et de personnalité, maitrise qui se retrouve aussi au sein de ses planches. On note aussi son utilisation brillante des couleurs, souvent vives et parfaitement agencées.

Une fois le premier volume ouvert, beaucoup resteront bouche-bée face à la constante excellence technique de la mangaka. Un trait délicat qui sublime la sensualité fragile de silhouettes élancées, l’alliance discrète et efficace de crayonnés détaillants et de tramages amenant de la profondeur, des compositions audacieuses permises par la confrontation unique d’un Japon d’époque et d’un steam-punk inspiré… chaque case est un abime lancinant qui ne perd jamais de son élégance, même dans les moments les plus violents ou glauques qu’offrira la série, lui conférant un malsain délicieux. La réalisation des tenues des personnages est par ailleurs souvent l’occasion de fines élaborations esthétiques de la part de la mangaka, qui s’attache à mettre en valeur l’érotisme imbibé dans son œuvre. Mais il y a une différence entre être bon illustrateur est être bon auteur de bande-dessiné; Tsukiji Nao est les deux, comme en témoigne son découpage ahurissant…

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2. Parce que le découpage est d’une richesse absolue !

Le découpage créé le rythme, le lien entre les choses dans l’œuvre, et leur confère des sens multiples par insinuation. Je trouve le découpage généralement fascinant en cela qu’il créé le sens, et j’y prête donc une attention toute particulière dans l’appréciation des efforts visuels d’une bande-dessinée (fin de la parenthèse, j’espère avoir l’occasion de revenir sur le sens du découpage un jour…).

Et le découpage d’Adekan, comme à peu près tout dans le manga, est aussi inventif que stylisé. Éléments de décor et accessoires peuvent se transformer en frontière qui délimitent une case (une branche, un ruban etc.). L’auteure emploie aussi, pour mettre en valeur la beauté figée propre au sujet d’art de ses personnages, des cadres -au sens premier-, souvent très stylisés; un élément qui participe au jonglage entre réalisme et maintien de l’emploi d’un langage proprement artistique, qui rentre dans le diégétique: les cases sont encadrées comme des œuvres d’art, c’est un rappel au fictif…

Rondes, rectangulaires, de biais… les cases de Tsukiji Nao sont protéiformes, vivantes, et vont de pair avec les ambiences développées au fil des pages.

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On pourrait craindre que cet élan d’esthétisme omniprésent soit envahissant et un peu lourd, mais pas du tout! C’est justement tout le talent de l’auteure: savoir adapter son trait à son récit, et développer sa dimension contemplative aux moments opportuns!

3. Parce que l’univers est unique !

Comme évoqué un peu plus haut, l’univers d’Adekan est un puit à inspirations tant il est à mi-chemin de tout. D’abord, c’est l’influence d’un Japon de Showa qui frappe, puis des résurgences steam-punk, ensuite, par de multiples références culturelles la mangaka fait comprendre que le récit se déroule dans une époque très contemporaine à la nôtre, etc. Tout cela peut paraître d’emblée assez déroutant, mais aboutit finalement à un ensemble étonnamment cohérent et convainquant. Tout simplement, l’auteure prend le meilleur des époques et des genres qu’elle affectionne pour façonner un univers propre à son titre.

4. Parce que les personnages sont passionnants et attachants !

Le récit place au premier plan un trio des plus particuliers, composé de Shirô, Kôjirô et Anri. Les trois jeunes hommes, pour des raisons qui s’éclaircissent au fil des volumes, sont étroitement liés.

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Shirô, sans doute le plus mystérieux des trois, est un jeune homme à l’apparence androgyne, spécialisé dans la confection de parapluies, mais qui révèle des capacités au combat hors du commun. Son passé douloureux, marqué par une extrême pauvreté, se dévoile au fur et à mesure que le fil rouge s’étoffe, nous attachant à chaque volume un peu plus à ce héros lunaire et nonchalant. Kôjirô, policier aux allures « viriles » mais intérieurement très sensible, relève le ton de la série de part son dynamisme, sa foi sans borne en la justice, et son extrême volonté.

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Très vite se tisse entre les deux jeunes hommes une relation étroite, qui joue volontairement sur les sous-entendus homo-érotiques, plus encore les assume (même si la série ne manque pas de trop souvent les désavouer…).

5. Parce que c’est bourré de fan-service… masculin !

Y’a pas à tourner autour du pot et c’est visible dès les premieres pages du premier volume: Tsukiji Nao aime dessiner des hommes peu vêtus! Le terme de « fan-service » ne convient probablement pas, puisqu’ici la mise en avant des anatomies masculines et l’insertion de relations entre hommes n’a rien d’accessoire ou de commercial mais fait bel et bien partie intégrante de l’univers artistique et narratif de la série. Tous les personnages masculins sont montrés sous un angle volontiers érotisant qui n’a toutefois rien de vulgaire. Les deux protagonistes, Kôjirô et Shirô, forment par exemple un couple peu commode, tant les descriptions de leur sentiments mutuels, la mise en scène de leur rapports etc. tendent à faire croire à de l’amour. Finalement, si tous les personnages semblent quand même curieusement attirés par leurs comparses, seul Anri est ouvertement bisexuel (pour le moment, je rappelle que je suis en pleine lecture du manga)!

Et les femmes dans tout cela? Même si elles sont minoritaires dans les personnages récurrents, elles sont presque toujours au centre des enquêtes que résolvent nos deux compères. Leur représentation va à l’encontre de celle des hommes dans le manga et du modèle habituel de beaucoup de best-sellers: pas une fois elles ne sont confrontées à une sexualisation mal placée. Et n’oublions pas qu’Adekan est écrit par une femme et pour les femmes en premier lieu (c’est un shojo), et qu’ainsi la mangaka place souvent le lecteur dans le point de vue de jeune femmes qui croisent la route des héros. Je ne vais pas m’étendre là dessus, sachez juste que dans le manga, les figures féminines sont loin d’être aussi rares que l’on pourrait d’abord le croire, et qui plus est sont diverses et complexes…

6. Parce que les enquêtes, et avec elles les atmosphères, se multiplient..!

Adekan est un récit à « enquêtes ». Celles-ci s’étendent rarement sur plus de trois chapitres, et amènent bien souvent des éléments utiles au développement du fil rouge. On pourrait craindre la répétition souvent inhérente aux récits moyens du genre, mais Tsukiji Nao, que ce soit pour dessiner de beaux éphèbes ou pour pondre des intrigues passionnantes, sait manier la plume.

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Cette multiplicité de courts récits permet l’installation de tonalités très diverses! Ainsi, le manga tire à la fois sur la comédie romantico-érotique, sur le drame, le thriller, l’horreur, la tranche-de-vie, l’action etc. en conservant souvent une trame de fond policière. Reste qu’en ressort bien souvent un aspect lugubre sous-jacent, et on sent que l’auteure est attirée par l’ero-guro (rassurez-vous, on est à mille lieu de Maruo! Je dis juste qu’elle mêle érotisme et violence assez crue… et que je pense qu’elle dessinerait de très bonnes choses dans le genre). Enfin voilà, au risque de me répéter, Adekan, c’est super-riche.

7. … conférant au titre un rythme à toute épreuve !

Eh oui! On passe d’une enquête à l’autre, et donc, on ne s’ennuie pas! D’autant que toutes sont passionnantes et jouent avec les retournements de situations, délivrant même parfois des morales très belles et justes. Je l’ai très peu mentionné, mais Adekan est un manga riche en scènes d’action, et les amateurs de combats sanglants y trouveront leur compte! Le fil rouge, passé les deux premiers volumes (loins d’être en deçà du reste) n’est jamais laissé de côté… vraiment une maitrise narrative modèle. Bluffant.

8. Pour soutenir le titre et accélérer sa publication ! 

Il reste tant de qualités d’Adekan que je n’ai pas pu survoler dans cet article: sa dimension poétique voire philosophique, ses références visuelles et culturelles… mais par soucis de synthétisme je vais devoir m’arrêter là!

En France, le titre est loin d’être un succès commercial fracassant. En effet, il connait une publication plus que bordélique (la parution japonaise étant déjà très flottante…), et puis beaucoup d’hommes hétéro doivent être rebutés par la mise en avant des corps masculins (on a pas tellement l’habitude d’être sexualisés comme ça dans des œuvres grand public, nous…). Pourtant, Ototo a bien essayé d’élargir son public en « rangeant » le titre dans sa collection seinen, et je suis convaincu que tout le monde trouverait son compte à la lecture de ce manga. Bref, par élan de solidarité, rejoignez la discrète communauté des fans d’Adekan et aidez-nous à faire vivre l’œuvre de Tsukiji Nao en France!


Voilà tout pour aujourd’hui!
Cet article s’est écrit dans l’urgence, j’espère tout de même avoir été assez complet et avoir pu donner envie à certains d’entre vous de vous lancer dans cette somptueuse série qui en vaut cent fois la peine!
N’hésitez pas à partager votre avis à son sujet dans l’espace commentaire! Aussi, j’attends vos retours quant à la réapparition de ce « concept » de présentation que j’avais déjà utilisé pour présenter To Your Eternity (ici). S’il vous convient, il pourrait persister et se faire récurrent!
À très vite sur le blog (ou ailleurs…)!

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